Le Vietnam, j'y suis arrivé la tête remplie d'images, de lieux et d'événements liés à la guerre, mythiques et
évocateurs: Saigon, Hué, la rivière des Parfums, le delta du Mékong, les clichés de Don McCullin,<
l'offensive du Têt, les rizières, la débâcle américaine, les boat-people… La liste était longue et certe incomplète.
Sur place, la réalité fut bien différente: aucune stigmate de cette guerre, aucune trace de ce passé douloureux: ni ruine, ni carcasse au bord de la route. Bien au contraire. On oublie que 40 années se sont écoulées, que les deux tiers de la population a moins de 30 ans et n'a donc jamais connu la guerre. Pour certains elle n'est qu'un lointain souvenir, pour d'autres un chapitre glorieux dans un livre d'histoire. On dit que les Vietnamiens regardent vers l'avenir, jamais vers le passé. Ça doit être vrai: aujourd'hui de petits drapeaux rouges à étoile jaune flottent à l'ombre de gratte-ciels ultramodernes en verre, et dans les discothèques de Hué, les jeunes dansent aux rythmes de la pop occidentale, non loin de la Cité Impériale où leur grands-parents ont combattu l'Oncle Sam.
Malgré cette frénésie, des instants de vie ordinaire n'attendent qu'à être découverts, au fond d'une cour, au coin d'une rue ou dans le prochain village. Des fragments d'histoires où même les gestes les plus simples et les regards en disent beaucoup: cette femme froide et élégante qui veille sur les joueurs de co'tu'o'ng dans le quartier de Cholon. Ou ce père et son fils, assis, résignés devant leur maison qui sera prochainement démolie pour céder sa place à un grand complexe immobilier. Ou ce jeune couple à Hoi-An serrant, si fier, son nouveau-né dans leurs bras alors qu'il s'apprête à traverser la rivière. Ou encore cette vieille dame me montrant ses mains usées par tant d'années de labeurs dans les rizières de Hué…
Tant de petits fragments de vie. Voilà le Vietnam de 2010. Mon Vietnam. Dans ce contexte, le stage organisé par Nicolas et Fotoasia est une immersion instantanée dans Saigon. 6 photographes, et presque autant de nationalités. Nicolas nous mène d'endroit en endroit: temple, marché, habitation, ruelle, cour… le tout dans un crescendo de 7 jours. Il nous prévient : samedi soir, le Têt, sera intense ! Il ne s'agit pas ici d'apprendre à faire de la photo, chacun connaît le principe du diaphragme, de la vitesse. Comme le dit Nicolas, tout le monde peut faire une belle photo. Le but n'est pas là. Il s'agit plutôt d'aiguiser son regard, sa manière de cadrer et, à la fin, de construire une histoire. Rester critique. Exercice difficile tant on est ébloui par ce que l'on voit, ce que l'on découvre… Personnellement, il aura fallu apprendre à se détendre, sortir des cadrages rigides de l'architecte, être spontané et laisser transparaître l'émotion du moment. Pour quelqu'un qui "fait" de la photo depuis 30 ans, c'est un électrochoc; tardif mais bienvenu.
Il y aura eu pour moi un avant et un après Vietnam. Merci Nico, et à bientôt. |
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